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L'opposition biélorusse lance sa diplomatie parallèle

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Seize ambassades de la «Biélorussie libre» ont été créées la semaine dernière pour servir de relais international à la contestation anti-Loukachenko.

Une nouvelle ambassade a ouvert hier à Paris. Elle n’a encore ni tapis rouge ni moulures au plafond, pas même d’adresse fixe. Par contre, son but diplomatique est clair : servir de relais international à l’opposition biélorusse et faire pression sur la France pour qu’elle prenne des positions plus dures vis-à-vis du régime d’Alexandre Loukachenko, réélu frauduleusement en août. Ce mois-ci, on peut la trouver dans la galerie d’exposition du 59 rue de Rivoli, temporairement proclamée «territoire de la Biélorussie libre», et qui a aussi ouvert ses portes à l’art protestataire biélorusse jusqu’au 27 décembre. Mardi, jour de l’ouverture de l’ambassade et de l’inauguration de l’exposition, on a coupé un ruban blanc et rouge, aux couleurs du drapeau de la Biélorusse pré-soviétique, devenu l’emblème du soulèvement anti-Loukachenko, écouté solennellement un des hymnes de la révolution et bu discrètement un verre de vin.

«Une fois l’exposition terminée ici nous espérons la déplacer dans un autre lieu. L’ambassade bougera avec elle. Nous sommes tous bénévoles, sans financement, on ne peut pas se permettre de louer un local», explique Alice Syrakvash, co-présidente de l’association des Biélorusses de Paris qui a lancé l’idée de cette ambassade en septembre. Proposée et validée lors du Congrès mondial des Biélorusses fin octobre, elle a donné naissance la semaine dernière à un réseau de seize «ambassades du peuple biélorusse», surtout présentes sur le continent européen. Dans les pays où elles sont installées, elles se veulent désormais «seule instance de représentation légitime de la Biélorussie démocratique».

Echanges avec le Quai d’Orsay

Avec les fraudes massives lors de l’élection présidentielle et la répression qui a suivi, «les ambassades soutenant le gouvernement illégal ont perdu le droit de représenter les intérêts des Biélorusses à l’étranger», explique le tout nouveau site internet de l’ambassade du peuple. A Paris, la communauté biélorusse pointe des irrégularités orchestrées au sein même de l’ambassade officielle. D’après les résultats proclamés par la commission électorale, Loukachenko se serait imposé dans les votes de la diaspora française, alors que le sondage de sortie des urnes organisé par cette même diaspora pointe une victoire écrasante de la principale opposante Svetlana Tikhanovskaïa, avec 97% des suffrages. «Ce jour-là, on a compris qu’ils ne nous représentaient vraiment plus et on a commencé à s’organiser nous-mêmes», raconte Alice Syrakvash.

La nouvelle ambassade du peuple repose sur une dizaine de bénévoles, sans consul ou ambassadeur attitré. Ils échangent toutes les semaines avec l’équipe de Svetlana Tikhanovskaïa, qui s’est réfugiée à Vilnius, et avec la nouvelle administration anti-crise mise en place par l’opposition. «La diaspora biélorusse dans le monde remplit déjà certaines fonctions des ambassades. Elle accueille ceux qui ont dû fuir le pays et informe les autorités locales de la situation sur place, pointe Alice Syrakvash. Nous avons aussi des contacts avec la diplomatie française. Leurs retours sont plutôt positifs, mais pour le moment, il n’y a rien de très concret.» Dans un mail envoyé au Quai d’Orsay, le groupe explique vouloir construire «un pont entre le monde démocratique et le nouveau Bélarus, libre de Loukachenko». Leur mission s’achèvera une fois la révolution achevée, aucun d’eux ne visant de carrière politique ou diplomatique.

Cette semaine, une centaine d’eurodéputés ont lancé une démarche assez similaire à celle des ambassades alternatives. Ils proposent que le Parlement mette des locaux à disposition de l’opposition biélorusse, qui a reçu ce mercredi le prix Sakharov. «Ils serviraient de bureau de la représentation de la Biélorussie démocratique et d’interface diplomatique, grâce aux nécessaires garanties de l’Union européenne», écrivent les eurodéputés, qui suggèrent également que cette initiative soit reconduite à l’avenir pour tous les futurs lauréats du prix.

Déception de l’opposition

Depuis qu’elle a fui la Biélorussie en août, Svetlana Tikhanovskaïa voyage chaque semaine pour rencontrer chefs d’Etats et de gouvernements ou représentants de l’UE. Si elle a toujours été très bien reçue, le soutien offert à l’opposition biélorusse tarde à se transformer en actions contre le régime de Loukachenko. Une troisième salve de sanctions contre certains responsables biélorusses sera officiellement adoptée jeudi par l’UE, mais elle n’a aucune chance d’avoir plus d’effets que les premières. Quant au Parlement européen, il organise en fin de semaine une mission d’enquête afin d’établir quel soutien supplémentaire pourrait être apporté à l’opposition.

Du côté de Tikhanovskaïa, comme des autres figures de l’opposition, la déception commence à se faire sentir. «J’ai longtemps pensé que l’Europe, si importante et si proche de nous, avec ses dirigeants si puissants, ferait quelque chose pour nous. Aujourd’hui, je me rends compte que, bien qu’ils nous fassent part de leur solidarité et de leur préoccupation, ils ne peuvent pas grand chose», se désole-t-elle auprès du New Yorker.

La diplomatie française ne s’est pas non plus distinguée ces dernières semaines. Le 8 décembre, le nouvel ambassadeur à Minsk, Nicolas de Lacoste, a remis ses lettres de créances au ministre des Affaires étrangères biélorusse. Reconnaissant de facto sa légitimité, en dépit des condamnations officielles par la France des violences perpétrées par le régime, de la non-reconnaissance du résultat des élections et des promesses de médiation faites à Svetlana Tikhanovskaïa par Emmanuel Macron lors de leur rencontre en septembre.

Written by Ceus isnel

Le bonheur ne s'acquiert pas, il ne réside pas dans les apparences, chacun d'entre nous le construit à chaque instant de sa vie avec son coeur.